"Les Aubelles, ça veut dire quoi ?" ... "C'était quoi ce bâtiment ?" ...
Les Aubelles sont un lieu dont la mémoire a été en très grande partie perdue.
A ce jour, il reste très peu de matière écrite pour pouvoir répondre à ces questions.
De plus, le Sancerrois a vu nombre d'aînés partir ces dernières années, sans que leur mémoire ait pu être collectée à temps.
Alors il nous fallu trouver d'autres sources, d'autres types d'information, pour faire parler ce qui n'avait pas été étudié jusqu'à présent. De cette constellation d'indices épars, parfois surprenants, nous avons pu cheminer dans le temps et dans la compréhension. Vous trouverez ici nos principales conclusions consolidées.
Jusqu'au XIVe siècle, les Aubelles étaient sur une île entre deux bras de Loire. En 1313, une crue va fermer le bras de Loire entre les Aubelles et Ménétréol. Ce fait rattacher géographiquement les Aubelles au Berry.
C'est une évolution majeure, parce que si les aléas de l'histoire ont pu rattacher politiquement le site à l'un ou l'autre des territoires ligériens, son emplacement en tant que site géographique était neutre auparavant.
Une autre caractéristique géographique importante du site est son emplacement a un carrefour majeur entre les grandes circulations Nord-Sud et Est-Ouest. la Loire vers l'Est jusqu'à ce rétrécissement majeur du lit du fleuve et mettent pied à terre pour poursuivre par Donzy, Clamecy, Vezelay... jusqu'aux montagnes des Alpes.
Depuis le Sud, les voyageurs remontent par la vallée du Rhône, puis basculent vers celle de la Loire vers Saint Etienne ou par Autun, puis reprennent le Fleuve pour débarquer vers les plaines du Gâtinais.
La Loire fait un coude à quelques lieues au Nord, et c'est entre Saint Satur et les Aubelles qu'elle voit son lit le plus étroit, donc le plus facile à traverser. C'est donc l'emplacement idéal pour établir un "pôle d'échange intermodal", avec la possibilité de simplement traverser pour les transports terrestres, et la possibilité d'embarquer/débarquer pour assurer la connection des transports fluvial et terrestre. Un pont, un gué, un ou des ports... sont autant d'aménagements induits par l'emplacement du site.Depuis l'Atlantique, les voyageurs "remontent".
Militairement, comme économiquement, le site est d'une importance capitale. Sa position le destine donc lieu d'affirmation, que celle-ci soit politique, économique ou religieuse ...
Aujourd'hui, une frontière est un trait le plus fin possible sur une carte, entre deux territoires contigüs. En cas de séparation des territoires par un fleuve, la frontière est tracée au milieu du fleuve. Les petits points avec de la peinture bleue, là, au milieu des remous...
Le fleuve, comme ici la Loire, n'a pas seulement été une simple ligne de démarcation : il a pu être, et il a été aussi, un territoire à part entière. Les Vikings, et avant eux les Bretons, peuples maîtrisant la navigation, avaient la capacité de se déplacer plus vite et avec un moindre effort sur les fleuves que les contingents armés à chevaux des territoires bordant le fleuve.
Ces deux avantages faisaient qu'il était impossible de les contrer.
Les point clefs fluviaux comme les ports, les îles et les débouchés de rivière, leur appartenaient ou étaient soumis à leur bon vouloir.
Entre le fleuve et le plateau, le coteau restait une zone incertaine.
Et les îles sur le fleuves, elles, étaient indéfendables.
Ainsi, les Aubelles, île entre deux bras de Loire, ont pu ainsi appartenir à d'autres maîtres que les terres qui surplombaient le site.
Ce d'autant plus que cette indépendance éventuelle offrait une configuration idéale pour établir un péage, ou encore une franchise, une zone libre des obligations fiscales liées aux territoires avoisinants.
Mais en 1313, une crue majeure du fleuve va changer le lit la Loire, et fermer le bras de Loire secondaire qui faisait des Aubelles une île. Elles seront alors naturellement, géographiquement, rattachée au territoire du Sancerrois.
"Un marin brassé par les vagues nageait la brasse en rêvant d'une bonne bière bien brassée et d'une bonne brassée de belles plantes..."
Un même mot, plusieurs ambiances ...
Pareil pour les Aubelles : un même site, plusieurs ambiances en fonction des circonstances historiques ...
L'implantation des Aubelles en fait un lieu majeur, et cela sera tantôt une chance, tantôt un malheur. De nombreuses cultures se sont implantées sur le site et en ont fait un lieu important. Mais cette importance va aussi entraîner des épisodes dramatiques qui se traduiront par autant de destruction et de perte de la mémoire.
La qualité de l'ouvrage qui peut encore être observée à ce jour, les comptes du Comté du Sancerre, montrent le soin et le faste accordés au site pour le rendre emblématique : lieu de résidence d'été, lieu d'accueil de la reine Elisabeth (de Bohème), point de ralliement du ban et de l'arrière ban pour partir à la guerre...
A l'inverse la rigueur des destructions montrent combien le site a pu aussi être l'objet de tension fortes. Destruction des parties emblématiques, ouverture d'une brèche effondrant partiellement le bâtiment sous la salle seigneuriale, reconstruction militaire, arasement de la prison désaffectée dans le milieu du XIXe, sont autant de marques de ces tensions, mais aussi autant de témoins permettant d'en reconstituer l'histoire.
Aujourd'hui, on peut déduire ou percevoir une présence évanescente des grands noms de l'histoire. Des géants, des Bretons, des Romains, des Francs, des Vikings, des Plantagenêts, des Templiers, du frère du Roy de France, des religieux ... il ne reste que des hypothèses et des fantômes à peine palpables.
Et c'est sans doute là la dernière frontière établie sur les Aubelles : celle entre la connaissance et le mystère !
Alors au final, qu'ont été les Aubelles ?
Entre déductions, observations et archives, plusieurs champs fonctionnels ressortent. Mais à quel moment ?
Plusieurs cultures vont honorer le sacré aux Aubelles, ou le protéger.
Bélénos qui y est à l'honneur, porté par les Bretons de l'antiquité ;
Les captages antiques des sources géothermales du coteau, qui sont à rattacher aux cultes celtes et romains ;
La chapelle, l'identification comme église ruinée après le siège de Sancerre, la très forte relation à l'astronomie...
sont autant de marqueurs d'une fonction sacrée.
C'est aux Aubelles que le Comte de Sancerre accueille la reine Elisabeth de Bohème. Certes il y fait froid, et il faut aller lui chercher du charbon et autres agréments à Bourges, mais c'est aux Aubelles qu'elle est accueillie.
Comme sans doute d'autres invités prestigieux avant elle et peut-être d'autres après, le lieu étant reconstruit eu XVe, mais la mémoire fait défaut.
Aujourd'hui encore il fait bon vivre (à la belle saison) aux Aubelles.
Qu'il soit politique ou religieux, le pouvoir est très fortement marqué aux Aubelles. La taille du site, le faste affiché, la taille de la salle seigneuriale, de la chapelle... Tout affirme la grandeur.
C'est d'ailleurs aux Aubelles que seront convoquées les forces armées de Sancerre pour partir se faire étriper à la bataille de Crécy.
Au XVIIe encore, les Aubelles appartiennent en bien propre au Comte de Sancerre, qui y a droit de haute et basse justice...
C'est peut être même sa fonction première.
Les bretons anciens créaient des îles artificielles sur les lacs et les fleuves, pour y établir des villages circulaires, les crannogs. Et la tradition bretonne est très marquée autour des Aubelles.
Plus récemment, pendant la deuxième guerre mondiale, un des boulangers du village, y a caché sa fille dans la cave. Elle y est restée pendant 4 ans, sous la garde de ses grands parents, M. et Mme Pouillot, qui tenaient l'exploitation agricole.
C'est la fonction la mieux connue depuis le XVIe siècle.
Elle est retrouvée à travers tous les actes qui régissent la propriété et la vie économique rurale depuis 1636, ainsi que sur les photo de la fin du XIXe et du début du XXe.
Il sera repris en 1956 et deviendra une importante plantation de tabac jusqu'en 1986, après d'importants travaux, dont la construction du séchoir à tabac..
Selon les circonstances, le lieu verra d'autres fonctions secondaires.
Le lieu sera source de prélèvements de matériaux pour la revente, jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Une autre forme de prélèvement, bien antérieure, aura vu installer un péage sur les voies de circulation terrestres et fluviales...
La période troublée du début du XIXe y verra une prison, détruite vers 1850.
Bientôt, un lieu de rencontre et de partage ..